Souvenirs douloureux : ce que l'on peut espérer, et quand se faire aider

Par Alain Zenatti | 18 juillet 2026 | 7 min de lecture
Souvenirs douloureux : ce que l'on peut espérer, et quand se faire aider

Pourquoi certains souvenirs restent vifs, ce que la reconsolidation permet (et ne permet pas), le risque de faux souvenirs, la distance et les ressources.

Certains souvenirs s'incrustent comme une écharde : invisibles de l'extérieur, mais douloureux à chaque pression. Une rupture, une humiliation, un accident, un deuil peuvent continuer à peser longtemps après les faits. Dans cet article, je vous explique ce qui rend certains souvenirs si tenaces, ce que la recherche sait (et ne sait pas encore) de leur modification, ce que l'hypnose peut apporter à titre de complément, et à quel moment il faut absolument se tourner vers des professionnels formés au traumatisme. Je ne vous promets pas d'« alléger » vos souvenirs : je vous propose des repères honnêtes.

Pourquoi certains souvenirs restent si vivants

Lors d'un événement émotionnellement intense, le corps libère des hormones de stress (adrénaline, cortisol), et des régions du cerveau comme l'amygdale jouent un rôle important dans l'enregistrement de la charge émotionnelle. Cela explique en partie que certains souvenirs soient très nets ou très envahissants. Une odeur, un ton de voix ou un lieu peuvent ensuite réactiver la réaction de stress, comme si l'événement se rejouait.

Il est important de distinguer deux situations. Un souvenir pénible, même durable, fait partie de la vie. Lorsqu'il s'accompagne de flashbacks, de cauchemars, d'évitement, d'une hypervigilance constante ou d'un retentissement important sur la vie quotidienne, on peut avoir affaire à un stress post-traumatique, qui relève d'une prise en charge spécialisée.

À savoir : si vos souvenirs douloureux provoquent des reviviscences, des cauchemars répétés, un engourdissement émotionnel, un évitement important ou des idées noires, consultez votre médecin ou un professionnel formé aux psychotraumatismes. Les approches de référence sont les thérapies centrées sur le trauma (TCC centrées sur le trauma, EMDR), parfois associées à un traitement. En cas d'idées suicidaires, appelez le 3114 (24 h/24, gratuit).

La reconsolidation : une piste de recherche, pas une technique prête à l'emploi

En 2000, Karim Nader, Glenn Schafe et Joseph LeDoux ont publié dans la revue Nature une étude chez le rat suggérant qu'un souvenir, une fois rappelé, redevient temporairement instable avant d'être « restocké » : c'est la reconsolidation. Des travaux chez l'être humain, notamment ceux de Daniela Schiller (2010), ont exploré cette fenêtre pour atténuer des réactions de peur apprises. Ces recherches sont passionnantes, mais elles restent expérimentales : les résultats chez l'humain sont mitigés, difficiles à reproduire, et ils ne permettent pas d'affirmer qu'une séance d'hypnose « modifie un souvenir pendant sa reconsolidation ». Ce serait aller bien au-delà de ce que l'on sait.

Ce qu'on peut dire honnêtement : un souvenir n'est pas une copie fidèle du passé, il se reconstruit à chaque rappel, et il peut donc évoluer avec le temps, les récits et les expériences. Cette plasticité est une bonne nouvelle, mais elle a aussi un revers : elle expose aux faux souvenirs.

Le risque des faux souvenirs

La psychologue Elizabeth Loftus a montré dans de nombreuses études que des suggestions, des questions orientées ou l'imagination répétée d'un événement peuvent créer des souvenirs qui paraissent vrais mais ne le sont pas. Sous hypnose, on peut se sentir très sûr(e) de ce que l'on « revoit », sans que cela prouve que ce soit réel. Pour cette raison, je ne pratique pas de recherche d'événements enfouis, ni de régression pour « retrouver » une cause cachée, et je ne « réécris » pas la fin d'un souvenir. Ces pratiques exigent une formation solide, un cadre clinique, et comportent des risques.

Ce que l'hypnose peut raisonnablement apporter

L'hypnose n'efface pas les souvenirs. Elle peut, en complément d'un suivi adapté quand il est nécessaire, offrir un cadre pour apprendre à se détendre, prendre du recul et construire des ressources. Je ne connais pas d'étude solide qui permette d'affirmer qu'elle réduit la charge émotionnelle d'un souvenir douloureux de façon durable, et je ne peux pas vous donner de pourcentage. Quelques pistes que l'on peut utiliser prudemment, pour des souvenirs pénibles mais non traumatiques :

1. Se constituer d'abord des ressources

Avant d'aborder un souvenir, on construit un état intérieur de calme et de sécurité (un lieu imaginaire, une respiration, un geste comme presser doucement le pouce contre l'index). Ce repère sert de bouée de secours si l'émotion monte. C'est le préalable de tout travail sur un souvenir difficile.

2. Prendre de la distance

Des travaux sur l'auto-distanciation (Ethan Kross et Özlem Ayduk) suggèrent que regarder un souvenir « de l'extérieur » aide, en moyenne, à ruminer moins. En détente, on peut s'imaginer assis dans une salle de cinéma, regardant une image fixe, petite et lointaine. L'effet varie selon les personnes, et cet exercice peut au contraire amplifier le malaise chez certaines (voir précautions).

3. Donner un sens, à son rythme

Parler du souvenir, l'écrire, le raconter à quelqu'un de confiance, est l'une des manières les mieux soutenues d'en atténuer le poids. L'écriture expressive de James Pennebaker (écrire sur une expérience difficile pendant quelques jours) a montré des bénéfices modestes chez certaines personnes, sans effet garanti.

Un exercice : le cadre de distance

Choisissez un souvenir désagréable d'intensité faible à modérée (pas le plus douloureux). Installez-vous au calme, respirez lentement trois fois. Imaginez le souvenir comme une photographie posée sur une table, à bonne distance. Regardez-la comme celle d'un inconnu, sans plonger dedans. Éloignez-la progressivement jusqu'à l'autre bout de la pièce et remarquez ce qui change dans le corps. Terminez par trois respirations et le contact des pieds au sol.

Arrêtez l'exercice si l'émotion monte trop. Ne l'utilisez pas pour un traumatisme : un souvenir de ce type doit être abordé avec un professionnel.

En séance : ce que je fais, et ce que je ne fais pas

Je peux vous aider à apprendre la détente, à construire des ressources, à pratiquer des exercices de recul pour des souvenirs pénibles de la vie courante, et vous enseigner de l'auto-hypnose. Je ne traite pas les psychotraumatismes, et si votre histoire m'y fait penser, je vous orienterai vers un psychologue ou un psychiatre formé. Je vous dirai honnêtement si l'hypnose peut avoir une place dans votre situation.

Le passé ne change pas, mais la place qu'il occupe peut évoluer

Les souvenirs douloureux font partie de votre histoire. Avec le temps, du soutien et parfois des soins adaptés, ils prennent souvent moins de place. Si vous souhaitez en parler, vous pouvez prendre rendez-vous pour un premier échange.

Alain Zenatti
Hypnothérapeute, maître en hypnose ericksonienne
Cabinet Le Marais-Bastille https://novahypnose.fr

Questions fréquentes

L'hypnose peut-elle effacer des souvenirs douloureux ?

Non. L'hypnose n'efface pas les souvenirs, et elle ne « réécrit » pas le passé. Elle peut, au mieux, aider à se détendre et à prendre du recul. Revisiter un souvenir en imagination expose aussi au risque de faux souvenirs.

Combien de séances pour surmonter un souvenir traumatisant ?

Je ne peux pas l'annoncer. Pour un traumatisme, les approches de référence sont les thérapies centrées sur le trauma et l'EMDR, menées par des professionnels formés. Je ne traite pas les psychotraumatismes.

Comment se déroule un travail sur un souvenir pénible ?

Pour un souvenir d'intensité faible à modérée, on construit d'abord des ressources (détente, lieu sûr), puis on peut prendre de la distance par l'imagination. Si l'émotion monte trop, on s'arrête. Aucun souvenir « enfoui » n'est recherché.

Pourquoi certains souvenirs restent-ils si vifs ?

Les événements fortement émotionnels sont mieux enregistrés, notamment grâce à l'amygdale, et peuvent être réactivés par des indices. Ce mécanisme est utile, mais peut devenir envahissant.

Cela convient-il à tout le monde ?

Non. En cas de flashbacks, de cauchemars répétés, d'évitement important ou d'idées noires, consultez un médecin ou un psychologue. En cas d'idées suicidaires, appelez le 3114 (24 h/24, gratuit).