Prendre de la distance avec une émotion négative : un exercice guidé

Par Alain Zenatti | 1 août 2026 | 8 min de lecture
Prendre de la distance avec une émotion négative : un exercice guidé

Nommer, réévaluer, prendre de la distance : ce que dit la recherche, et un exercice d'imagination guidée pour changer sa relation à une émotion.

Il y a des jours où une émotion s'installe sans prévenir : une anxiété sourde, une colère qui monte, une tristesse qui colle à la peau. La volonté seule ne suffit pas à la faire partir, et vouloir la chasser à tout prix l'entretient souvent. Dans cet article, je vous propose une autre approche, celle de la prise de distance : changer la relation que l'on a avec une émotion plutôt que chercher à la supprimer. Je vous explique ce que la recherche en dit, je vous donne un exercice d'imagination guidée, et je précise ce qu'il ne faut pas en attendre. Il ne « neutralise » pas les émotions en quelques minutes : il peut, chez certaines personnes, en baisser un peu l'intensité.

Pourquoi une émotion s'accroche

Une émotion forte est une réaction de l'ensemble du corps : tension musculaire, cœur qui s'accélère, pensées envahissantes. L'amygdale, une région du cerveau impliquée dans la détection des menaces, joue un rôle important dans ces réactions, sans en être l'unique responsable. Le système d'alerte ne distingue pas toujours un vrai danger d'une menace symbolique (une réunion, une critique, un souvenir). Et se dire « je sais que c'est irrationnel » ne suffit pas toujours : comprendre n'éteint pas le ressenti.

Par ailleurs, lutter contre une émotion ou tenter de la refouler a souvent un effet inverse. Les travaux de Daniel Wegner sur la suppression des pensées, et ceux de James Gross sur la régulation émotionnelle, indiquent que la suppression est en moyenne une stratégie peu efficace, qui peut même augmenter l'activation physiologique, alors que d'autres stratégies fonctionnent mieux.

Ce que dit la recherche : plusieurs stratégies sont mieux soutenues que la suppression. Nommer ce que l'on ressent : Matthew Lieberman et ses collègues (2007) ont observé que mettre des mots sur une émotion était associé à une moindre activation de l'amygdale. Réévaluer la situation (la regarder sous un autre angle), décrite par James Gross. Prendre de la distance : Ethan Kross et Özlem Ayduk ont montré que se regarder « de l'extérieur » aide, en moyenne, à ruminer moins. Ces effets sont modestes, variables d'une personne à l'autre, et ne garantissent rien pour vous.

Changer la distance, pas effacer l'émotion

L'émotion est une information : elle signale quelque chose d'important (une limite franchie, une perte, un risque). L'effacer n'est ni possible ni souhaitable. Ce que l'on peut faire, c'est modifier la place qu'elle prend : passer de « je suis envahi(e) par l'angoisse » à « je remarque de l'angoisse ». Cette nuance se retrouve dans la pleine conscience, dans la thérapie d'acceptation et d'engagement (ACT) et dans l'hypnose, qui utilise l'imagination pour l'entraîner.

La métaphore de la télécommande

Imaginez que votre émotion soit un film qui passe en plein écran, volume à fond, couleurs saturées : vous êtes dedans. Avec une télécommande imaginaire, vous pouvez baisser le volume, réduire la taille de l'écran, ralentir le film, mettre en pause. Le film existe toujours, mais vous êtes dans votre fauteuil. Cette image aide certaines personnes à ressentir qu'elles ont une marge de manœuvre. Elle vient des approches de visualisation, notamment de la programmation neuro-linguistique, dont les bases scientifiques ne sont pas établies. Je la propose donc comme un jeu d'imagination, et non comme une technique validée.

Un exercice d'imagination guidée (10 minutes)

La télécommande intérieure

1. Installation. Asseyez-vous confortablement, les pieds au sol, fermez les yeux. Prenez trois respirations lentes en allongeant l'expiration.

2. Choisir l'émotion. Pensez à une situation récente qui a provoqué une émotion désagréable, d'intensité modérée (autour de 4 ou 5 sur 10). Évitez de commencer par ce qui est très douloureux.

3. La nommer et la situer. Mettez un mot sur ce que vous ressentez (inquiétude, colère, tristesse, honte) et repérez où cela se manifeste dans le corps (gorge, ventre, poitrine). Dites-vous : « Je remarque de la... ».

4. Prendre de la distance. Imaginez que la scène se joue sur un écran, à distance, et que vous tenez une télécommande. Baissez le volume. Réduisez la taille de l'écran, éloignez-le, passez en noir et blanc, ralentissez ou accélérez le film. Observez ce qui change pour vous. Certains paramètres ont un effet, d'autres aucun : c'est normal.

5. Retour au présent. Sentez vos pieds sur le sol, votre dos contre le siège. Prenez trois respirations, ouvrez les yeux. Notez en une phrase ce qui a changé, ou rien.

Cet exercice ne vise pas à faire disparaître l'émotion : il s'agit de voir si changer la distance modifie votre rapport à elle. Il peut ne rien changer à certains moments.

Une version plus courte, dans la journée

Quand une émotion monte, essayez trois étapes en une minute : nommer (« je remarque de la colère »), respirer (trois expirations lentes), se demander (« de quoi ai-je besoin, là ? »). Cela ne prend pas de temps et peut s'entraîner n'importe où.

Ce que l'hypnose peut ajouter

L'hypnose ericksonienne utilise la détente et l'imagination pour s'entraîner à cette prise de distance, avec des images adaptées à la personne : voir la vague d'en haut depuis un balcon, un ciel dont les nuages passent, une rivière qui emporte les feuilles. Ces images ne sont pas des mécanismes démontrés, mais des supports d'attention. Je ne connais pas d'étude montrant qu'une technique précise de dissociation guidée en hypnose soit meilleure que les autres stratégies décrites plus haut, et je ne peux pas vous donner de pourcentage d'amélioration.

Pour quelles situations ?

Cet exercice peut être utile pour les émotions du quotidien d'intensité modérée : une anxiété anticipatoire (le dimanche soir, avant une réunion), des ruminations après une conversation, une irritation qui persiste. Il est moins adapté aux émotions très intenses, aux souvenirs traumatiques ou aux états dépressifs.

Précautions : si l'exercice augmente votre malaise, si vous vous sentez coupé(e) de la réalité ou si des souvenirs traumatiques remontent, arrêtez, ouvrez les yeux, posez les pieds au sol et revenez au présent. Ne pratiquez pas seul(e) ce type de distanciation en cas de dissociation, de traumatisme ou de dépression : parlez-en à un professionnel de santé. Si vos émotions négatives sont envahissantes, durables ou s'accompagnent d'idées noires, consultez votre médecin. En cas d'idées suicidaires, appelez le 3114 (24 h/24, gratuit).

En résumé

Plutôt que de « neutraliser » une émotion, il s'agit de changer la manière dont on se tient face à elle : la nommer, respirer, prendre un peu de distance, se demander ce qu'elle signale. L'imagination guidée peut aider à s'y entraîner. Si vous souhaitez être accompagné(e), vous pouvez prendre rendez-vous pour un premier échange : je vous dirai honnêtement si l'hypnose me semble adaptée à votre situation, ou si une autre aide, par exemple une TCC, doit passer en premier.

Alain Zenatti
Hypnothérapeute, maître en hypnose ericksonienne
Cabinet Le Marais-Bastille https://novahypnose.fr

Questions fréquentes

La technique de la télécommande stoppe-t-elle une émotion rapidement ?

Elle peut baisser un peu l'intensité chez certaines personnes, sans la « neutraliser ». Elle s'inspire de la prise de distance étudiée par Kross et Ayduk. Je ne reprends pas l'idée que l'amygdale « s'éteint » en hypnose.

Combien de séances pour mieux réguler ses émotions ?

Les premiers changements se font en général assez vite, souvent dans les 3 à 5 premières séances, bien sûr le nombre de séances varie selon chacun et je ne peux pas annoncer de résultat. Cela dépend de la personne et des émotions concernées. Pour des émotions très intenses, un traumatisme ou une dépression, consultez un professionnel de santé.

Cela fonctionne-t-il si je suis très rationnel(le) ?

Oui, c'est possible : l'exercice demande de la curiosité plus que de la croyance. Si vous n'y trouvez rien, d'autres stratégies (nommer l'émotion, la réévaluer, respirer) existent.

Peut-on le pratiquer seul(e) ?

Oui, c'est conçu pour cela. Arrêtez-vous si l'exercice augmente votre malaise, si vous vous sentez coupé(e) de la réalité ou si des souvenirs pénibles remontent.

Pourquoi une émotion persiste-t-elle quand on en connaît l'origine ?

Comprendre ne suffit pas toujours : l'émotion s'entretient aussi par le corps, les habitudes et les évitements. D'où l'intérêt d'outils pratiques (respiration, distanciation) en plus de la compréhension.