Peur des clowns (coulrophobie) : comprendre et s'exposer par étapes

Par Alain Zenatti | 19 octobre 2026 | 6 min de lecture
Peur des clowns (coulrophobie) : comprendre et s'exposer par étapes

Pourquoi les clowns font peur à certains, ce que la psychologie sait des phobies, l'exposition progressive comme approche de référence et la place modeste de l'hypnose.

Vous croisez un clown lors d'une fête d'enfants, et votre cœur s'accélère, vos mains deviennent moites, l'envie de partir est immédiate. La peur des clowns, ou coulrophobie, est très répandue, et elle fait souvent sourire l'entourage alors qu'elle peut être éprouvante. Dans cet article, je vous explique d'où elle peut venir, ce que la psychologie en sait, pourquoi je ne dirai pas qu'elle « cache toujours une blessure profonde », ce qui aide, et la place de l'hypnose. Je ne vous promets ni disparition de la peur ni nombre de séances.

Pourquoi les clowns font peur à certains

Un clown, c'est un visage peint, un sourire fixe, des gestes exagérés et imprévisibles. Pour beaucoup de personnes, c'est amusant. Pour d'autres, cette combinaison déclenche un malaise. Plusieurs explications se complètent, sans qu'aucune ne soit la « bonne » pour tout le monde :

  • Le visage masqué. Il est difficile de lire les émotions réelles d'une personne dont le visage est recouvert de maquillage. Notre cerveau est très attentif aux expressions du visage, et l'ambiguïté (un sourire qui ne dit rien de ce que la personne ressent) peut inquiéter. L'ingénieur Masahiro Mori a décrit en 1970 la « vallée de l'étrange » : ce qui ressemble beaucoup à un être humain sans l'être tout à fait peut susciter un malaise. Ce modèle est discuté, mais il illustre le principe.
  • L'imprévisibilité. Les clowns surprennent par nature. Pour une personne anxieuse ou sensible à l'incertitude, ce qui est imprévisible peut sembler menaçant.
  • La culture. Films d'horreur, romans et faits divers ont associé le clown à la menace (le roman Ça de Stephen King, 1986, a beaucoup marqué les esprits). Une enquête de l'Université de Sheffield (2008) auprès d'environ 250 enfants, menée dans le cadre de décors d'hôpital, a d'ailleurs rapporté que beaucoup n'aimaient pas les clowns. Ce sont des données modestes, mais elles montrent que le phénomène est courant.

D'où vient une phobie ?

Le psychologue Stanley Rachman a décrit en 1977 trois grandes voies d'acquisition d'une peur : l'expérience directe (un événement désagréable avec un clown, une surprise brutale à un anniversaire), l'observation (voir quelqu'un d'autre avoir peur) et l'information (des histoires, des images). Une fois la peur installée, l'évitement l'entretient : on évite les clowns, on n'a donc jamais l'occasion de constater qu'il ne se passe rien de grave, et la peur reste intacte.

Parfois, il n'y a pas d'événement identifiable. Cela n'empêche pas de la traiter.

Une nuance importante : on lit souvent que la peur des clowns « cache toujours » une trahison, un parent imprévisible ou une perte de contrôle dans l'enfance. Aucune étude ne le démontre. Pour certaines personnes, cette lecture parle et aide ; pour beaucoup d'autres, la peur est simplement une phobie apprise, sans « message profond ». Chercher à tout prix une cause cachée n'est pas nécessaire pour la traiter, et peut même culpabiliser.

Une phobie spécifique, qui se traite

La peur intense et durable d'un objet ou d'une situation précise, avec évitement ou détresse importants, correspond à ce que l'on appelle une phobie spécifique. L'approche la mieux étudiée est l'exposition progressive, dans le cadre d'une thérapie cognitive et comportementale : on se rapproche par étapes de ce qui fait peur (regarder des photos de clowns, puis des vidéos, puis imaginer une rencontre, puis se retrouver à distance d'un clown déguisé), jusqu'à ce que l'anxiété diminue d'elle-même. Elle peut s'appuyer aussi sur la réalité virtuelle. Pour les phobies simples, les résultats sont souvent bons en un nombre limité de séances, sans que l'on puisse promettre un chiffre précis.

Quand consulter : si votre peur provoque des crises de panique, un évitement qui limite votre vie (refuser des fêtes d'enfants, des fêtes foraines, des sorties) ou si elle est liée à un souvenir traumatique, parlez-en à votre médecin ou à un psychologue. Si cette peur est associée à des événements graves (maltraitance, violences), les thérapies centrées sur le trauma sont indiquées. En cas d'idées suicidaires, appelez le 3114 (24 h/24, gratuit).

Ce que l'hypnose peut apporter

L'hypnose n'est pas l'approche de référence des phobies, et je ne connais pas d'étude montrant son efficacité sur la coulrophobie. Elle peut offrir, en complément :

  • un apprentissage de la détente (respiration, relâchement) utile pendant les étapes d'exposition ;
  • un entraînement en imagination, par paliers, à des situations avec des clowns, avant de les vivre ;
  • un repère de calme mobilisable en situation ;
  • un espace pour parler de la peur sans jugement, et, si vous le souhaitez, pour explorer ce qu'elle évoque pour vous, sans obligation d'y trouver un sens.

Je me méfie des formules comme « l'hypnose parle directement à l'inconscient et en traite la racine » : elles sonnent explicatives, mais ne décrivent pas un mécanisme démontré.

Un exercice : l'échelle de la peur

Notez de 0 à 10 l'intensité de la peur pour des situations de plus en plus proches : voir un dessin de clown, une photo, une vidéo, un clown de loin, un clown dans la même pièce. Commencez par une situation à 3 ou 4 sur 10. Installez-vous au calme, respirez lentement (inspirez 4, expirez 6) et regardez l'image quelques instants, puis détournez les yeux. Recommencez jusqu'à ce que l'anxiété ait nettement baissé, puis passez à l'étape suivante. Ne vous exposez jamais à une situation qui vous met en danger réel. Si l'angoisse devient trop forte, arrêtez et reprenez plus tard à un échelon plus bas.

Un exercice d'introspection facultatif

Si cela vous parle, demandez-vous ce qui vous gêne le plus : le maquillage ? les mouvements imprévisibles ? l'impossibilité de lire l'expression ? le sentiment d'être pris(e) au dépourvu ? Notez votre réponse, sans chercher d'explication cachée. Cela peut aider à choisir les étapes de l'exposition.

En résumé

La peur des clowns est courante, compréhensible et traitable. Le plus efficace est une exposition progressive, avec ou sans accompagnement ; l'hypnose peut aider à se détendre et à se préparer, sans remplacer cette démarche. Si vous souhaitez en parler, vous pouvez prendre rendez-vous pour un premier échange : je vous dirai honnêtement si l'hypnose me semble adaptée à votre situation, ou si une TCC avec exposition doit passer en premier.

Alain Zenatti
Hypnothérapeute, maître en hypnose ericksonienne
Cabinet Le Marais-Bastille https://novahypnose.fr

Questions fréquentes

La peur des clowns est-elle une vraie phobie ?

Elle peut en être une : on parle de phobie spécifique quand la peur est intense, disproportionnée et provoque de l'évitement ou une grande détresse. Beaucoup de personnes éprouvent simplement un malaise devant les clowns, sans que ce soit une phobie. Un professionnel peut faire la différence.

Cette peur cache-t-elle toujours une blessure de l'enfance ?

Non. Certaines personnes retrouvent un souvenir précis, d'autres non, et aucune étude ne montre que la peur des clowns cache systématiquement une trahison ou une perte de contrôle. Chercher une cause n'est pas nécessaire pour la traiter.

Quelle approche est la mieux étudiée pour traiter une phobie ?

L'exposition progressive, dans le cadre d'une thérapie cognitive et comportementale : on se rapproche par étapes de ce qui fait peur, jusqu'à ce que l'anxiété diminue. Elle peut être réelle, imaginée ou en réalité virtuelle.

L'hypnose peut-elle aider ?

En complément, elle peut aider à se détendre, à s'entraîner en imagination aux étapes d'exposition et à créer un repère de calme. Je ne connais pas d'étude montrant son efficacité sur la peur des clowns, et je ne peux pas promettre de résultat.

Quand faut-il consulter ?

Si la peur provoque des crises de panique, un évitement qui limite votre vie, ou si elle est liée à un souvenir traumatique, parlez-en à votre médecin ou à un psychologue. Je ne suis pas médecin et je vous orienterai si nécessaire.