Pourquoi les clowns font peur à certains
Un clown, c'est un visage peint, un sourire fixe, des gestes exagérés et imprévisibles. Pour beaucoup de personnes, c'est amusant. Pour d'autres, cette combinaison déclenche un malaise. Plusieurs explications se complètent, sans qu'aucune ne soit la « bonne » pour tout le monde :
- Le visage masqué. Il est difficile de lire les émotions réelles d'une personne dont le visage est recouvert de maquillage. Notre cerveau est très attentif aux expressions du visage, et l'ambiguïté (un sourire qui ne dit rien de ce que la personne ressent) peut inquiéter. L'ingénieur Masahiro Mori a décrit en 1970 la « vallée de l'étrange » : ce qui ressemble beaucoup à un être humain sans l'être tout à fait peut susciter un malaise. Ce modèle est discuté, mais il illustre le principe.
- L'imprévisibilité. Les clowns surprennent par nature. Pour une personne anxieuse ou sensible à l'incertitude, ce qui est imprévisible peut sembler menaçant.
- La culture. Films d'horreur, romans et faits divers ont associé le clown à la menace (le roman Ça de Stephen King, 1986, a beaucoup marqué les esprits). Une enquête de l'Université de Sheffield (2008) auprès d'environ 250 enfants, menée dans le cadre de décors d'hôpital, a d'ailleurs rapporté que beaucoup n'aimaient pas les clowns. Ce sont des données modestes, mais elles montrent que le phénomène est courant.
D'où vient une phobie ?
Le psychologue Stanley Rachman a décrit en 1977 trois grandes voies d'acquisition d'une peur : l'expérience directe (un événement désagréable avec un clown, une surprise brutale à un anniversaire), l'observation (voir quelqu'un d'autre avoir peur) et l'information (des histoires, des images). Une fois la peur installée, l'évitement l'entretient : on évite les clowns, on n'a donc jamais l'occasion de constater qu'il ne se passe rien de grave, et la peur reste intacte.
Parfois, il n'y a pas d'événement identifiable. Cela n'empêche pas de la traiter.
Une phobie spécifique, qui se traite
La peur intense et durable d'un objet ou d'une situation précise, avec évitement ou détresse importants, correspond à ce que l'on appelle une phobie spécifique. L'approche la mieux étudiée est l'exposition progressive, dans le cadre d'une thérapie cognitive et comportementale : on se rapproche par étapes de ce qui fait peur (regarder des photos de clowns, puis des vidéos, puis imaginer une rencontre, puis se retrouver à distance d'un clown déguisé), jusqu'à ce que l'anxiété diminue d'elle-même. Elle peut s'appuyer aussi sur la réalité virtuelle. Pour les phobies simples, les résultats sont souvent bons en un nombre limité de séances, sans que l'on puisse promettre un chiffre précis.
Ce que l'hypnose peut apporter
L'hypnose n'est pas l'approche de référence des phobies, et je ne connais pas d'étude montrant son efficacité sur la coulrophobie. Elle peut offrir, en complément :
- un apprentissage de la détente (respiration, relâchement) utile pendant les étapes d'exposition ;
- un entraînement en imagination, par paliers, à des situations avec des clowns, avant de les vivre ;
- un repère de calme mobilisable en situation ;
- un espace pour parler de la peur sans jugement, et, si vous le souhaitez, pour explorer ce qu'elle évoque pour vous, sans obligation d'y trouver un sens.
Je me méfie des formules comme « l'hypnose parle directement à l'inconscient et en traite la racine » : elles sonnent explicatives, mais ne décrivent pas un mécanisme démontré.
Un exercice : l'échelle de la peur
Notez de 0 à 10 l'intensité de la peur pour des situations de plus en plus proches : voir un dessin de clown, une photo, une vidéo, un clown de loin, un clown dans la même pièce. Commencez par une situation à 3 ou 4 sur 10. Installez-vous au calme, respirez lentement (inspirez 4, expirez 6) et regardez l'image quelques instants, puis détournez les yeux. Recommencez jusqu'à ce que l'anxiété ait nettement baissé, puis passez à l'étape suivante. Ne vous exposez jamais à une situation qui vous met en danger réel. Si l'angoisse devient trop forte, arrêtez et reprenez plus tard à un échelon plus bas.
Un exercice d'introspection facultatif
Si cela vous parle, demandez-vous ce qui vous gêne le plus : le maquillage ? les mouvements imprévisibles ? l'impossibilité de lire l'expression ? le sentiment d'être pris(e) au dépourvu ? Notez votre réponse, sans chercher d'explication cachée. Cela peut aider à choisir les étapes de l'exposition.
En résumé
La peur des clowns est courante, compréhensible et traitable. Le plus efficace est une exposition progressive, avec ou sans accompagnement ; l'hypnose peut aider à se détendre et à se préparer, sans remplacer cette démarche. Si vous souhaitez en parler, vous pouvez prendre rendez-vous pour un premier échange : je vous dirai honnêtement si l'hypnose me semble adaptée à votre situation, ou si une TCC avec exposition doit passer en premier.