Pourquoi un recruteur peut rester évasif
Une réponse floue n'est pas toujours un mauvais signe, ni de la mauvaise volonté. Quelques raisons fréquentes :
- le poste ou le budget sont encore en discussion en interne, et il ne veut pas promettre ce qu'il ne peut pas tenir ;
- plusieurs candidats sont en cours d'évaluation et la décision n'est pas prise ;
- il n'a pas la réponse à cet instant (le calendrier dépend d'autres personnes) ;
- il n'a pas l'autorité pour répondre sur certains points, comme le salaire ;
- parfois, la structure est simplement désorganisée.
Il est aussi possible, mais pas certain, que cela traduise une hésitation à votre égard. Vous ne pouvez pas le savoir à partir d'une seule phrase : mieux vaut chercher des informations que deviner.
Quelques phrases courantes, et des pistes de réponse
« On verra selon les profils reçus »
Une réponse possible : « Je comprends tout à fait. Y a-t-il un point de mon profil sur lequel vous aimeriez des précisions pour votre réflexion ? » Vous restez dans l'échange plutôt que dans l'attente passive, sans mettre de pression.
« Le salaire, c'est encore en discussion »
Une réponse possible : « Je comprends. De mon côté, j'ai une fourchette en tête. Pouvons-nous vérifier qu'elle est compatible avec ce que vous envisagez ? » Si vous préparez votre fourchette avant l'entretien (marché, expérience, besoins), vous évitez d'être pris(e) au dépourvu.
« On revient vers vous d'ici quelques semaines »
Une réponse possible : « Merci. Pour m'organiser, pouvez-vous me dire si l'on parle plutôt d'une semaine ou de plusieurs ? » Une question simple et non intrusive, qui précise le délai sans pression.
« Il y a quelques points à confirmer en interne »
L'assertivité : ni agressivité, ni effacement
L'assertivité consiste à exprimer ce que l'on pense ou ce que l'on souhaite de manière claire et respectueuse, sans écraser l'autre ni s'écraser soi-même. En entretien, elle prend des formes simples : demander une précision, formuler un besoin (« j'ai besoin de connaître le calendrier pour m'organiser »), accepter un silence, remercier sans s'excuser. Je ne vous citerai pas d'étude chiffrée sur l'effet de l'assertivité sur le recrutement : ce que l'on sait, c'est que la communication claire et courtoise est généralement bien perçue, sans garantie que cela change la décision.
Gérer son état intérieur
Il est fréquent de lire que « 93 % de la communication est non verbale », en citant Albert Mehrabian. C'est une mauvaise lecture de ses travaux : ses expériences de 1967 portaient sur la perception des sentiments dans des messages ambigus (quand les mots et le ton se contredisent), et non sur toute la communication. Ce qu'on peut raisonnablement retenir, c'est que le ton de la voix, le débit et la posture comptent, en plus des mots.
Quand une réponse floue vous déstabilise, il est courant que le ventre se serre, que la voix monte un peu, que le débit s'accélère. Quelques repères physiologiques simples aident à rester disponible :
- laisser l'expiration se prolonger, ce qui favorise une détente corporelle ;
- poser les pieds au sol et les mains à plat sur la table ;
- prendre le temps de répondre : un silence de deux secondes paraît bien plus long à celui qui le vit qu'à celui qui l'observe.
1. Fermez les yeux. Prenez trois respirations lentes : inspirez 4 secondes, expirez 6 secondes.
2. Rappelez-vous un moment récent où vous vous êtes senti(e) compétent(e) et à votre place. Revivez-le avec le plus de détails possible : ce que vous voyiez, entendiez, ressentiez.
3. Posez la main sur votre sternum pendant dix secondes en gardant cette sensation. Ce geste est votre repère.
4. Pendant l'entretien, si une réponse évasive vous déstabilise, posez discrètement la main ou les doigts sur ce point, et respirez.
Ce type de repère est utilisé en hypnose et en préparation mentale. Il peut aider à se recentrer, sans garantie, surtout s'il a été répété plusieurs fois avant. Il ne remplace pas la préparation de l'entretien.
Après l'entretien : éviter la boucle
Beaucoup de personnes rejouent l'entretien en pensée, cherchant à interpréter chaque phrase. Quelques pistes pour en sortir :
- notez dans les heures qui suivent ce qui s'est dit et ce que vous avez compris, puis refermez le carnet ;
- envoyez, si c'est opportun, un court message de remerciement qui rappelle votre intérêt et demande la suite du calendrier ;
- fixez-vous une date à laquelle vous relancerez poliment, au lieu de vérifier votre téléphone toutes les heures ;
- continuez vos autres démarches : ne mettez pas tous vos espoirs dans une seule piste.
Ce que l'évasivité peut vous apprendre
Les réponses d'un recruteur sont aussi des indices sur le fonctionnement de l'entreprise. Une structure qui ne peut pas vous donner de fourchette de rémunération, de calendrier ni de contours précis de la mission, après plusieurs échanges, vous renseigne peut-être sur ses pratiques. Ce n'est pas une preuve, mais c'est un élément à peser avec d'autres (avis d'anciens salariés, échange avec le futur manager, lecture de l'offre). Vous avez le droit de poser des questions, et de décider, à la fin, que ce poste n'est pas pour vous.
Si vous souhaitez vous préparer à un entretien important en travaillant sur le stress et la confiance, vous pouvez prendre rendez-vous pour un premier échange. Je vous dirai honnêtement si l'hypnose me semble adaptée à votre situation.