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Article hypnothérapie - Ne Pas Se Mettre au Bout de l'Autre : La Règle d'Or de la Méthode ESPERE pour des Relations Authentiques

Ne Pas Se Mettre au Bout de l'Autre : La Règle d'Or de la Méthode ESPERE pour des Relations Authentiques

Alain Zenatti21 octobre 202510 min de lecture
méthode ESPERE
Jacques Salomé
communication relationnelle
responsabilité personnelle
écologie relationnelle
Imaginez une relation où chacun reste responsable de son propre bonheur, où l'on cesse enfin de vouloir contrôler ce que l'autre pense ou ressent. C'est exactement ce que propose Jacques Salomé avec ce principe fondamental de la méthode ESPERE : ne pas se mettre au bout de l'autre. Dans ma pratique d'hypnothérapeute au Cabinet Le Marais-Bastille, je constate quotidiennement à quel point cette règle transforme les relations. Que ce soit en couple, en famille ou au travail, apprendre à ne pas gérer le bout de l'autre libère une énergie considérable et ouvre la voie à des échanges plus sains et authentiques.

Comprendre les deux bouts de la relation

Toute relation a deux bouts. D'un côté, il y a moi avec mes besoins, mes attentes, mes ressentis. De l'autre, il y a l'autre avec les siens. Simple en apparence, non ? Pourtant, dans la réalité, nous passons notre temps à nous emmêler les pinceaux avec ces deux extrémités.

Jacques Salomé, psychosociologue et créateur de la méthode ESPERE (Énergie Spécifique Pour une Écologie Relationnelle Essentielle), a identifié l'un des saboteurs les plus répandus de nos relations : notre tendance compulsive à vouloir gérer le bout de l'autre. Autrement dit, nous nous épuisons à essayer de contrôler ce que l'autre pense, ressent, décide ou fait.

Dans mon cabinet parisien, j'accompagne régulièrement des personnes qui arrivent épuisées par leurs relations. "Je fais tout pour qu'il soit heureux", me confie Sophie, 38 ans, "mais il ne semble jamais satisfait." Ou encore Marc, cadre supérieur : "J'anticipe tous ses besoins, je devine ce qu'elle veut avant même qu'elle le demande, et pourtant, notre couple bat de l'aile."

Le problème ? Ils se sont installés au bout de l'autre, oubliant complètement leur propre bout de la relation.

Qu'est-ce que "se mettre au bout de l'autre" ?

Se mettre au bout de l'autre, c'est adopter une posture où je prends en charge ce qui ne me revient pas. Cela peut prendre plusieurs formes :

Vouloir le bonheur de l'autre à tout prix. Je me rends responsable de son bien-être émotionnel, de sa joie, de son épanouissement. Je passe mon temps à me demander "est-il heureux ?", "ai-je bien fait ?", "qu'est-ce qu'il attend de moi ?". Cette posture est épuisante car elle nous place dans une position de toute-puissance illusoire : nous ne pouvons pas rendre quelqu'un heureux malgré lui.

Interpréter ses silences ou ses réactions. Au lieu de lui demander ce qu'il ressent, je suppose, j'imagine, je comble les blancs avec mes propres projections. "Il ne m'a pas embrassé ce matin, c'est qu'il m'en veut" - alors que peut-être, il a simplement mal dormi ou pense à une présentation importante.

Anticiper ses besoins avant qu'il les exprime. Cette hypervigilance nous transforme en détectives relationnels constamment en alerte. Nous devenons des devins de l'implicite, tentant de satisfaire des demandes qui n'ont jamais été formulées.

Porter ses émotions comme si c'étaient les nôtres. Quand il est triste, je deviens triste. Quand elle est anxieuse, je m'inquiète à sa place. Cette fusion émotionnelle crée une confusion dangereuse entre là où je m'arrête et où l'autre commence.

Les conséquences de cette posture

Lorsqu'on se met au bout de l'autre, plusieurs mécanismes se mettent en place, et croyez-moi, aucun n'est vraiment réjouissant :

L'épuisement relationnel

C'est la conséquence la plus fréquente. Gérer deux bouts d'une relation, c'est comme vouloir jouer aux échecs tout seul en prenant la place des deux joueurs. Vous imaginez la charge mentale ? Dans ma pratique, je vois régulièrement des personnes au bord du burn-out relationnel, littéralement vidées par cet effort permanent.

La perte de soi

À force de se focaliser sur le bout de l'autre, on finit par oublier le sien. "Mais qu'est-ce que je veux, moi ?" Cette question, je l'entends souvent en séance, formulée avec un mélange de stupéfaction et de détresse. Des années à s'occuper de l'autre nous ont fait perdre le contact avec nos propres besoins.

Le ressentiment

Paradoxalement, cette générosité apparente cache souvent une attente implicite : "Je fais tout pour toi, tu devrais au moins..." Ce contrat tacite, jamais négocié, génère frustration et amertume quand l'autre ne "joue pas le jeu".

L'infantilisation de l'autre

En prenant en charge son bout de la relation, nous le privons de sa responsabilité. Nous lui envoyons le message subliminal : "Tu n'es pas capable de gérer tes propres affaires, laisse-moi faire."

Une étude menée par le psychologue John Gottman sur les couples durables (Gottman, J.M., 1999, "The Seven Principles for Making Marriage Work") montre que les relations les plus stables sont celles où chaque partenaire maintient une différenciation claire tout en restant connecté émotionnellement - exactement ce que préconise la méthode ESPERE.

Rester à son bout de la relation : mode d'emploi

Alors, comment fait-on concrètement pour rester à son bout ? Jacques Salomé nous donne quelques balises précieuses que j'ai adaptées dans ma pratique d'hypnothérapeute :

Se positionner clairement

Au lieu de "Tu ne m'écoutes jamais", essayez "J'ai besoin d'être écouté quand je te parle de ma journée." Vous voyez la différence ? Dans le premier cas, je suis au bout de l'autre (je lui dis ce qu'il fait ou ne fait pas). Dans le second, je reste à mon bout (j'exprime mon besoin).

Un exercice que je propose souvent : remplacez mentalement "Tu" par "Je" dans vos reproches. Observez comment votre discours change radicalement.

Accepter que l'autre a son propre bout

Ses pensées lui appartiennent. Ses émotions sont les siennes. Ses décisions ne regardent que lui. Cette simple prise de conscience peut être incroyablement libératrice. J'ai vu des personnes littéralement rajeunir de dix ans quand elles lâchent enfin ce fardeau.

Restituer ce qui appartient à l'autre

Quand quelqu'un déverse sur vous des critiques, des jugements ou de la négativité, vous n'êtes pas obligé de les garder. Jacques Salomé propose une technique symbolique : imaginez que vous pouvez restituer ces messages, comme si vous rendiez un paquet qui ne vous était pas destiné.

En hypnose, j'utilise souvent la métaphore du vestiaire émotionnel : "Ce manteau de culpabilité que votre mère vous a mis sur les épaules, vous pouvez le déposer. Il est à elle, pas à vous."

Oser demander plutôt que d'attendre

Au lieu d'espérer que l'autre devine votre besoin, formulez une demande claire. "J'aimerais que nous passions une soirée tranquille ensemble ce week-end" est infiniment plus efficace que de bouder en silence en attendant que l'autre "comprenne".

L'hypnose comme outil de repositionnement relationnel

Dans mon travail d'hypnothérapeute, j'observe que beaucoup de nos comportements relationnels sont profondément ancrés dans notre inconscient. Nous avons appris, souvent dès l'enfance, à nous mettre au bout de l'autre.

L'enfant qui devient le confident de sa mère dépressive. Celui qui anticipe les colères de son père. Celle qui prend en charge les émotions de toute la fratrie. Ces schémas se fixent et se répètent ensuite dans toutes nos relations d'adulte.

L'hypnose permet de travailler sur ces programmations inconscientes. En état modifié de conscience, nous pouvons revisiter ces apprentissages relationnels et installer de nouveaux modes de fonctionnement.

Je me souviens d'Amélie, 42 ans, qui se mettait systématiquement au bout de son conjoint, allant jusqu'à sacrifier ses propres projets professionnels pour "ne pas le contrarier". Pendant nos séances, nous avons identifié que ce pattern venait de sa relation avec un père autoritaire dont elle tentait constamment d'obtenir l'approbation.

Par l'hypnose, elle a pu se réapproprier son espace psychique, tracer des limites claires et apprendre à exprimer ses besoins sans culpabilité. Six mois plus tard, non seulement son couple allait mieux, mais elle avait repris des études qu'elle repoussait depuis des années.

Les bénéfices d'une saine différenciation

Quand on reste à son bout de la relation, plusieurs transformations se produisent :

Plus d'énergie disponible. Vous cessez de vous épuiser dans une tâche impossible (contrôler l'autre) pour investir cette énergie là où elle compte vraiment : vous-même, vos projets, votre bien-être.

Des relations plus authentiques. Finie la dance relationnelle où chacun essaie de deviner ce que l'autre attend. Place à des échanges vrais, où chacun peut se dire sans filtre.

Plus de respect mutuel. En restant à mon bout, je signifie à l'autre que je le considère comme un adulte responsable, capable de gérer ses propres affaires. C'est une forme de respect profond.

La fin du jeu du bourreau et de la victime. Beaucoup de dynamiques relationnelles toxiques se nourrissent de cette confusion des rôles. Quand chacun reprend son bout, ces jeux perdent leur terrain fertile.

Une recherche de l'Institut Espère International (fondé par Jacques Salomé en 2002) montre que les personnes formées à la méthode ESPERE rapportent une amélioration significative de la qualité de leurs relations familiales et professionnelles, avec notamment une réduction de 40% des conflits récurrents.

Attention aux pièges de la transition

Passer d'une posture fusionnelle à une saine différenciation ne se fait pas sans quelques turbulences. Soyez préparés à ces réactions :

"Tu ne m'aimes plus". Quand vous cessez de prendre en charge le bout de l'autre, celui-ci peut interpréter ce changement comme un retrait affectif. Ce n'est pas le cas. C'est au contraire une forme d'amour plus mature.

Le sentiment de culpabilité. Nos conditionnements nous susurrent : "Tu es égoïste". Non, vous n'êtes pas égoïste. Vous êtes responsable. Nuance.

La solitude temporaire. Certaines relations étaient basées uniquement sur cette dynamique fusionnelle. Quand vous changez les règles du jeu, ces relations peuvent vaciller ou se terminer. C'est douloureux mais parfois nécessaire.

En hypnothérapie, je propose souvent un travail d'ancrage qui permet de se reconnecter à son propre centre quand ces doutes surgissent. Une sorte de boussole intérieure qui nous rappelle : "Ma place est ici, à mon bout de la relation."

Un exercice pratique pour commencer

Voici un exercice simple que vous pouvez pratiquer dès aujourd'hui :

1. Identifiez une situation récente où vous vous êtes mis au bout de l'autre. Par exemple : "J'ai annulé mon cours de yoga parce que je sentais que mon conjoint avait besoin de moi."

2. Reformulez en restant à votre bout : "J'ai ressenti que mon conjoint n'allait pas bien. J'ai choisi d'annuler mon cours de yoga. Je ressens maintenant de la frustration."

3. Identifiez l'alternative : "La prochaine fois, je peux maintenir mon cours et proposer à mon conjoint d'en parler à mon retour, ou lui demander directement s'il a besoin de quelque chose."

Cette simple prise de conscience est déjà un premier pas vers un repositionnement relationnel.

Vers une écologie relationnelle

Ne pas se mettre au bout de l'autre n'est pas un acte d'égoïsme, c'est un acte de sagesse relationnelle. C'est reconnaître que je ne peux pas - et ne dois pas - porter la responsabilité du bonheur, des choix et des émotions de l'autre.

Dans ma pratique au Cabinet Le Marais-Bastille, j'ai vu ce principe transformer des relations agonisantes en échanges vivants et respectueux. Des couples au bord de la rupture qui retrouvent une connexion authentique. Des parents épuisés qui redécouvrent le plaisir de la relation avec leurs enfants. Des professionnels qui cessent de porter le poids du monde sur leurs épaules.

La méthode ESPERE nous rappelle cette vérité fondamentale : nous sommes trois dans toute relation - moi, l'autre, et la relation elle-même. Pour que cette relation soit saine, il faut que chacun reste à sa place, responsable de son propre bout.

Alors aujourd'hui, je vous invite à vous poser cette question : où est-ce que je me mets au bout de l'autre dans ma vie ? Et surtout : qu'est-ce que je gagnerais à revenir à mon propre bout ?

Car au fond, c'est peut-être ça, le plus beau cadeau que nous puissions faire à ceux que nous aimons : les laisser être responsables de leur propre vie, tout en restant pleinement présent à la nôtre.

Alain Zenatti, hypnothérapeute passionné par l'hypnose ericksonienne et les approches relationnelles bienveillantes. Depuis 2020, j'accompagne mes clients dans leur transformation intérieure au Cabinet Le Marais-Bastille à Paris.

https://novahypnose.fr

Publié le 21 octobre 2025
Mis à jour le 4 novembre 2025
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