Le futur, un inconnu qui nous ressemble ?
Une idée issue de la psychologie et des neurosciences est que nous pensons parfois à notre futur « nous » comme à une autre personne. Dans une étude d'imagerie cérébrale de Hal Ersner-Hershfield, Brian Knutson et leurs collègues (2009), certaines régions cérébrales s'activaient de façon plus proche entre « penser à soi dans dix ans » et « penser à un étranger » qu'entre « penser à soi aujourd'hui » et « penser à soi dans dix ans », en particulier chez les personnes qui se sentaient peu connectées à leur futur. Ces résultats sont intéressants mais portaient sur de petits échantillons, et on ne peut pas en conclure que le cerveau traite le futur « comme un inconnu » pour tout le monde.
Dans une autre étude, Hershfield et ses collègues (2011) ont montré à des participants des images d'eux-mêmes vieillis. Dans leurs expériences, cette exposition modifiait certains choix, par exemple une plus grande part de l'argent allouée à l'épargne. Là encore, les effets observés sont modestes et dépendent du contexte, et ils ne démontrent pas qu'un exercice de visualisation transformera vos comportements durablement.
Ce que les études disent de la visualisation du futur
Les chercheurs Blouin-Hudon et Pychyl ont étudié le lien entre la continuité du soi, l'imagerie mentale vivante et la procrastination des étudiants. Ils ont observé que ceux qui se sentaient plus reliés à leur futur et qui imaginaient plus vivement les conséquences à venir avaient tendance à moins procrastiner. Une intervention fondée sur l'imagerie mentale a été testée par la suite avec des résultats encourageants mais limités. En résumé : imaginer concrètement ce que l'on vivra plus tard peut aider certaines personnes à agir, sans effet garanti, et sans remplacer les autres leviers (organisation, découpage en petites tâches, traitement du perfectionnisme, de l'anxiété ou d'un trouble de l'attention le cas échéant).
Ce que l'hypnose peut apporter à cet exercice
En hypnose ericksonienne, on parle de « progression en âge » pour désigner la projection imaginaire dans le futur, par opposition à la régression en âge. Dans un état de détente et de concentration, il peut être plus facile de construire une image riche : voir, entendre, ressentir. Je dois toutefois rester précis : je ne connais pas d'étude montrant que l'hypnose améliore l'effet de la visualisation du futur par rapport à une simple imagerie guidée. Ce qu'elle apporte, c'est un cadre calme et structuré pour s'y livrer.
Je me méfie de certaines formulations qu'on lit sur ce sujet : le moi futur « sait » ce qui est bon pour vous, ou « vous dit la vérité ». Ce que vous entendrez dans l'exercice, c'est votre propre imagination, nourrie de vos valeurs et de vos espoirs. C'est précieux comme matière à réfléchir, pas comme oracle.
Un exercice : rencontrer son moi futur (10 minutes)
Pas à pas
- Installez-vous confortablement, fermez les yeux, respirez lentement cinq fois en relâchant les tensions à l'expiration.
- Imaginez un chemin devant vous (une allée, un couloir lumineux, un sentier) et avancez-y tranquillement.
- Au bout, vous retrouvez une version de vous dans dix ans. Choisissez une image réaliste et bienveillante plutôt que parfaite : où êtes-vous, comment vous tenez-vous, quel est votre regard ?
- Posez-lui une question ouverte, par exemple : « Qu'est-ce qui compte le plus pour nous deux ? » ou « De quoi aurais-je besoin cette semaine ? »
- Écoutez ce qui vient, sans juger : une image, un mot, une sensation, ou rien. Tout est acceptable.
- Remerciez cette version de vous, puis revenez en comptant de 1 à 5. Ouvrez les yeux.
- Écrivez immédiatement ce que vous avez vu ou ressenti, puis choisissez un seul petit pas concret à faire dans les sept jours.
Ce dernier point est essentiel : sans passage à l'action, la visualisation reste un moment agréable. Les recherches sur la motivation (notamment celles de Gabriele Oettingen sur la « contraste mentale ») suggèrent qu'associer la vision d'un futur désirable à un regard réaliste sur les obstacles et à un plan précis (« si telle situation, alors je fais telle action ») aide davantage que le seul rêve positif.
Deux variantes
La lettre de votre moi futur. Écrivez quelques lignes, comme si elles venaient de vous dans dix ans : ce qu'il ou elle vous encourage à faire, à lâcher, à garder. Relisez-les le lendemain.
Le regard en arrière. Imaginez que vous êtes dans dix ans et que vous regardez la semaine à venir : qu'est-ce qui a vraiment compté ? Qu'est-ce qui aurait pu attendre ? Cette variante déplace l'attention du détail urgent vers l'essentiel.
Pour quelles situations cela peut-il aider ?
- Procrastination : rendre plus concrets les bénéfices d'agir maintenant, en complément d'un découpage en petites étapes.
- Décisions importantes : reconversion, déménagement, projet de vie, en y associant des faits et l'avis de personnes de confiance.
- Santé et habitudes : se projeter dans une version de soi en meilleure forme, en complément d'un suivi médical quand il est nécessaire.
- Confiance en soi : s'appuyer sur une image de soi qui a traversé une difficulté.
- Transitions et deuil : retrouver un fil entre ce qui a été et ce qui sera, avec douceur.
En résumé
Se relier à son futur peut aider certaines personnes à mieux accorder leurs choix d'aujourd'hui à ce qui leur importe. La recherche est encourageante mais nuancée, et aucune technique ne garantit un changement. Si vous souhaitez être accompagné(e) pour mener ce type d'exploration, vous pouvez prendre rendez-vous pour un premier échange : je vous dirai honnêtement si l'hypnose me semble adaptée à votre situation, ou si une autre aide doit passer en premier.