Dialoguer avec son moi futur : un exercice de projection, avec nuances

Par Alain Zenatti | 19 septembre 2026 | 7 min de lecture
Dialoguer avec son moi futur : un exercice de projection, avec nuances

Ce que disent les études sur la continuité du soi, un exercice de dialogue avec une version de soi dans dix ans, et le passage à l'action.

« Je m'y mettrai lundi. » « J'ai encore le temps. » Reporter, c'est humain, et cela tient en partie à la façon dont nous nous représentons notre futur : souvent flou, lointain, presque étranger. La psychologie parle de « continuité du soi » (future self-continuity) pour décrire le sentiment d'être la même personne à travers le temps. Dans cet article, je vous explique ce que la recherche sait de cette idée, ce que l'on peut raisonnablement en attendre, et je vous propose un exercice d'imagination guidée pour dialoguer avec une version future de vous-même. Je ne dirai pas que c'est « la technique qui change tout » : c'est une piste de réflexion et de motivation, parmi d'autres.

Le futur, un inconnu qui nous ressemble ?

Une idée issue de la psychologie et des neurosciences est que nous pensons parfois à notre futur « nous » comme à une autre personne. Dans une étude d'imagerie cérébrale de Hal Ersner-Hershfield, Brian Knutson et leurs collègues (2009), certaines régions cérébrales s'activaient de façon plus proche entre « penser à soi dans dix ans » et « penser à un étranger » qu'entre « penser à soi aujourd'hui » et « penser à soi dans dix ans », en particulier chez les personnes qui se sentaient peu connectées à leur futur. Ces résultats sont intéressants mais portaient sur de petits échantillons, et on ne peut pas en conclure que le cerveau traite le futur « comme un inconnu » pour tout le monde.

Dans une autre étude, Hershfield et ses collègues (2011) ont montré à des participants des images d'eux-mêmes vieillis. Dans leurs expériences, cette exposition modifiait certains choix, par exemple une plus grande part de l'argent allouée à l'épargne. Là encore, les effets observés sont modestes et dépendent du contexte, et ils ne démontrent pas qu'un exercice de visualisation transformera vos comportements durablement.

À retenir : se sentir relié à son futur est associé, dans plusieurs études, à des choix plus tournés vers le long terme (épargne, santé, études). Ce sont des liens statistiques, pas des garanties individuelles. Reporter ne signifie pas manquer de volonté : de nombreux facteurs (stress, fatigue, peur de l'échec, perfectionnisme) entrent en jeu.

Ce que les études disent de la visualisation du futur

Les chercheurs Blouin-Hudon et Pychyl ont étudié le lien entre la continuité du soi, l'imagerie mentale vivante et la procrastination des étudiants. Ils ont observé que ceux qui se sentaient plus reliés à leur futur et qui imaginaient plus vivement les conséquences à venir avaient tendance à moins procrastiner. Une intervention fondée sur l'imagerie mentale a été testée par la suite avec des résultats encourageants mais limités. En résumé : imaginer concrètement ce que l'on vivra plus tard peut aider certaines personnes à agir, sans effet garanti, et sans remplacer les autres leviers (organisation, découpage en petites tâches, traitement du perfectionnisme, de l'anxiété ou d'un trouble de l'attention le cas échéant).

Ce que l'hypnose peut apporter à cet exercice

En hypnose ericksonienne, on parle de « progression en âge » pour désigner la projection imaginaire dans le futur, par opposition à la régression en âge. Dans un état de détente et de concentration, il peut être plus facile de construire une image riche : voir, entendre, ressentir. Je dois toutefois rester précis : je ne connais pas d'étude montrant que l'hypnose améliore l'effet de la visualisation du futur par rapport à une simple imagerie guidée. Ce qu'elle apporte, c'est un cadre calme et structuré pour s'y livrer.

Je me méfie de certaines formulations qu'on lit sur ce sujet : le moi futur « sait » ce qui est bon pour vous, ou « vous dit la vérité ». Ce que vous entendrez dans l'exercice, c'est votre propre imagination, nourrie de vos valeurs et de vos espoirs. C'est précieux comme matière à réfléchir, pas comme oracle.

Un exercice : rencontrer son moi futur (10 minutes)

Pas à pas

  1. Installez-vous confortablement, fermez les yeux, respirez lentement cinq fois en relâchant les tensions à l'expiration.
  2. Imaginez un chemin devant vous (une allée, un couloir lumineux, un sentier) et avancez-y tranquillement.
  3. Au bout, vous retrouvez une version de vous dans dix ans. Choisissez une image réaliste et bienveillante plutôt que parfaite : où êtes-vous, comment vous tenez-vous, quel est votre regard ?
  4. Posez-lui une question ouverte, par exemple : « Qu'est-ce qui compte le plus pour nous deux ? » ou « De quoi aurais-je besoin cette semaine ? »
  5. Écoutez ce qui vient, sans juger : une image, un mot, une sensation, ou rien. Tout est acceptable.
  6. Remerciez cette version de vous, puis revenez en comptant de 1 à 5. Ouvrez les yeux.
  7. Écrivez immédiatement ce que vous avez vu ou ressenti, puis choisissez un seul petit pas concret à faire dans les sept jours.

Ce dernier point est essentiel : sans passage à l'action, la visualisation reste un moment agréable. Les recherches sur la motivation (notamment celles de Gabriele Oettingen sur la « contraste mentale ») suggèrent qu'associer la vision d'un futur désirable à un regard réaliste sur les obstacles et à un plan précis (« si telle situation, alors je fais telle action ») aide davantage que le seul rêve positif.

Deux variantes

La lettre de votre moi futur. Écrivez quelques lignes, comme si elles venaient de vous dans dix ans : ce qu'il ou elle vous encourage à faire, à lâcher, à garder. Relisez-les le lendemain.

Le regard en arrière. Imaginez que vous êtes dans dix ans et que vous regardez la semaine à venir : qu'est-ce qui a vraiment compté ? Qu'est-ce qui aurait pu attendre ? Cette variante déplace l'attention du détail urgent vers l'essentiel.

Pour quelles situations cela peut-il aider ?

  • Procrastination : rendre plus concrets les bénéfices d'agir maintenant, en complément d'un découpage en petites étapes.
  • Décisions importantes : reconversion, déménagement, projet de vie, en y associant des faits et l'avis de personnes de confiance.
  • Santé et habitudes : se projeter dans une version de soi en meilleure forme, en complément d'un suivi médical quand il est nécessaire.
  • Confiance en soi : s'appuyer sur une image de soi qui a traversé une difficulté.
  • Transitions et deuil : retrouver un fil entre ce qui a été et ce qui sera, avec douceur.
Précautions : si vous traversez une dépression, un deuil récent ou une anxiété importante, se projeter dans le futur peut être difficile, voire douloureux (« je ne me vois pas du tout dans dix ans »). Dans ce cas, n'insistez pas seul(e) et parlez-en à un professionnel. Si vous avez des idées de mettre fin à vos jours, appelez le 3114 (24 h/24, gratuit). Et si l'exercice vous laisse un sentiment d'échec parce que l'image du futur ne correspond pas à votre vie actuelle, rappelez-vous qu'une vision n'est pas un contrat.

En résumé

Se relier à son futur peut aider certaines personnes à mieux accorder leurs choix d'aujourd'hui à ce qui leur importe. La recherche est encourageante mais nuancée, et aucune technique ne garantit un changement. Si vous souhaitez être accompagné(e) pour mener ce type d'exploration, vous pouvez prendre rendez-vous pour un premier échange : je vous dirai honnêtement si l'hypnose me semble adaptée à votre situation, ou si une autre aide doit passer en premier.

Alain Zenatti
Hypnothérapeute, maître en hypnose ericksonienne
Cabinet Le Marais-Bastille https://novahypnose.fr

Questions fréquentes

Comment se déroule un exercice de « moi futur » en hypnose ?

Après une phase de détente, on invite à se représenter soi-même dans dix ou vingt ans, à observer ce que l'on ressent, puis à revenir au présent avec une question ou un petit pas concret. C'est un exercice d'imagination guidée, dont la durée varie.

Combien de séances faut-il pour travailler sur la continuité du soi ?

Les premiers changements se font en général assez vite, souvent dans les 3 à 5 premières séances, bien sûr le nombre de séances varie selon chacun et je ne peux pas annoncer de résultat. Certaines personnes y trouvent un intérêt dès un premier essai ; l'effet sur un comportement dépend surtout de ce que l'on met ensuite en action.

La technique du moi futur est-elle validée scientifiquement ?

Partiellement. Des travaux de Hal Hershfield et d'autres chercheurs relient le sentiment de continuité avec son futur à des choix plus tournés vers le long terme, et des essais d'imagerie mentale ont donné des résultats encourageants mais limités. Il n'existe pas de preuve solide qu'un exercice de ce type, avec ou sans hypnose, change durablement les comportements.

Est-ce adapté en cas de deuil, de dépression ou de forte anxiété ?

Se projeter dans le futur peut être difficile, voire douloureux, dans ces situations. Il vaut mieux alors en parler à un professionnel. En cas d'idées suicidaires, appelez le 3114 (24 h/24, gratuit).

Tout le monde peut-il visualiser son moi futur ?

La capacité d'imagerie mentale varie beaucoup d'une personne à l'autre, et certaines n'ont pas d'images mentales. On peut s'appuyer sur des mots, des sensations ou des sons. Ne pas y parvenir n'est pas un échec.